Contact Site Map
Search
   





I speak english



L'humaniste et son action


      "... La compétence que nous, scientifiques, possédons dans le domaine étroit qui est le nôtre, ne saurait en aucun cas nous qualifier pour guider les hommes dans d'autres domaines de l'activité humaine, en particulier dans le domaine social et politique. Mais en tant que citoyens nous avons le droit et le devoir d'exprimer notre opinion sur les graves problèmes qui préoccupent les hommes et qui conditionnent l'avenir de l'humanité. Le service principal que nous pouvons rendre à nos concitoyens est d'essayer d'aborder les problèmes avec l'objectivité qui caractérise les discussions scientifiques, d'essayer de dépassionner le débat".

              Alfred Kastler,
              Discours à l'Université de Bordeaux, 22 mai 1967


Alfred Kastler se déclarait agnostique, s'étant peu à peu détaché de la foi de son enfance, choqué par l'affirmation du créateur d'un monde cruel, révolté par l'intolérance religieuse.

"Europe, ma patrie" est le titre d'un recueil de poèmes qu'il écrivit en allemand, au cours de sa vie. Maniant également sa langue allemande natale et sa langue française acquise, ouvert aux deux civilisations dont la diversité lui semblait une richesse, il fut, comme jadis Romain Rolland, un européen qui déplorait leurs luttes fratricides. Il en connut deux et dans la dernière perdit son frère. C'est sans doute ces expériences vécues, greffées sur une foncière aversion pour la violence, qui développèrent chez lui une réflexion sur les grand problèmes de notre temps, l'incitèrent à exprimer avec une insistance croissante les conclusions qu'il en tirait et à prouver sa sincérité par des actes.

Dès 1936, un voyage en Allemagne où il avait été l'objet de manifestations hostiles, lui avait révélé le danger de l'hitlérisme. En 1940, il offrit aux autorités d'occupation d'échanger sa liberté contre celle de son maître A. Cotton qui venait d'être arrêté. Lorsque deux ans plus tard on apprit la mort de F. Holweck, A. Kastler consacra une des ses leçons publiques à l'oeuvre du physicien assassiné par la Gestapo.

Les massacres de Hiroshima et de Nagasaki, l'indifférence des gouvernements à l'appel lancé en 1954 par B. Russel et A. Einstein pour le renoncement à l'arme nucléaire éveillèrent chez A. Kastler, comme chez bien d'autres scientifiques éminents, un intérêt anxieux pour les questions de politique internationale. Il adhéra au mouvement Pugwash créé en 1957 et qui s'occupe aujourd'hui encore de multiples problèmes liés au désarmement. De nombreux articles, des interventions dans des réunions publiques témoignent de son activité devenue plus véhémente à mesure que les menaces se développaient. En même temps, le gaspillage insensé des ressources destinées à créer des moyens de destruction lui faisait ressentir l'insuffisance de l'aide apportée par les nations nanties à la misère du Tiers Monde et il attira à maintes reprises l'attention sur les conséquences redoutables qu'aura un jour cette injustice.

L'intérêt qu'il portait à ces vastes questions allait de pair pour A. Kastler avec celui qu'il montrait pour des problèmes nationaux. Lors de la guerre du Viet-Nam, puis de la guerre d'Algérie, il prit des positions qui lui valurent, dans la première de vives polémiques, dans la seconde un attentat contre son domicile, mais qui témoignaient d'une lucidité le plus souvent confirmée par la suite des événements. En mai 1968, dans la Faculté de Jussieu où les étudiants avaient trouvé un asile temporaire, il s'efforça de calmer les esprits et de les mettre en garde contre une absence de sélection aux examens ; mais il prit la tête d'une manifestation des étudiants qu'il estimait avoir été trompés.

Après sa retraite, A. Kastler ajouta à ses actions humanitaires d'autres plus concrètes encore. L'extension du totalitarisme, l'apparition de la torture parmi des méthodes de gouvernement, lui firent prendre une part active dans le Conseil National pour les Droits des Juifs d'U.R.S.S., dans le Comité pour la Libération des Physiciens Argentins Emprisonnés, dans le Comité des Physiciens Français pour la défense de Y. Orlov. Il fut président de la Société de Secours des Amis des Sciences de 1976 à 1983. Enfin, il fonda en 1978 l'Association d'Aide aux Scientifiques Réfugiés, recevant lui-même des collègues venus de tous pays demander l'asile politique en France. Nombreuses furent les personnes auxquelles il apportait son aide, après avoir vérifié la valeur de leur cause.

Les sentiments ont leur logique : de la défense de la personne humaine, A. Kastler fut conduit à celle des êtres vivants. Il protesta contre les traitements parfois cruels infligés aux animaux et s'inquiéta de la destruction des forêts et de la pollution des mers.

A. Kastler allait ainsi jusqu'au bout de ses forces, qui pourtant diminuaient à mesure que son coeur s'épuisait. Condamné dans les derniers mois de sa vie à une inaction qu'il jugeait plus cruelle que la mort, on le voyait obsédé jusqu'à l'angoisse par le souvenir d'événements tragiques qui l'avaient frappé. Il n'a pas connu cette sorte de paix qui n'est qu'un renoncement.





Carte de chercheur invité
Merci de vous inscrire !

Centres de mobilité

Demandez de l'aide
sur place !

Toujours à votre service
La Fondation Kastler a été créée par l'Académie des Sciences pour remplir deux missions essentielles : faciliter l'accueil des chercheurs étrangers de haut niveau en France, et maintenir le contact avec eux après leur retour.

Témoignage

"Just a big thank for the help ! "

American researcher, received 1 year

 
Imprimer cette page Imprimer cette page Haut de page

© FnAK 2005