"J'ai laissé dans ces poèmes pas mal de sentiments de haine et de dégoût, comme je les éprouvais au cour des événements qui se succédèrent entre 1940 et 1945. Je n'écrirais plus de la même manière aujourd'hui naturellement. Ces textes sont des témoins de ce temps" Alfred Kastler "Deutsche Lieder eines französischen Europaers"
Ces poèmes sont écrits en allemand. dans son adolescence, Alfred Kastler a été imprégné par la culture et la poésie allemandes. Ces poèmes sont inspirés par Rainer Maria Rilke. Ils sont marqués par les événements tragiques de la deuxième guerre mondiale. Ils expriment, au début, la haine et la rancune, puis la réconciliation qui préfigure l'idée et la construction de l'Europe. Ce recueil de poèmes est dédié à son frère Henri, incorporé de force et mort en Galicie en 1945. "A toi mon frère, musicien et poète, qui, pendant que nos villages renaissaient à la liberté et à la joie, es parti au devant de la liberté, de la peine et de la mort. Aux bons camarades qui t'ont soutenu et traîné, jusqu'à ce que épuisé et mourant, tu t'affaisses sur cette terre de Galicie, où longtemps après j'ai erré dans la neige sans jamais retrouver ta trace. Tu continues à vivre dans mon coeur". Europa, mein Vaterland Poème d'Alfred Kastler Als ganz Deutschland sich im Grimm Baümte über Frankreichs Frieden, Fühlt' ich's mit, doch hab' ich drum Fränksches Wesen nicht gemieden. Und mir ward ein Lohn daraus Zeit verging und rollt ihr Rädel , Und mit einem lieben Mädel Baut' in Frankreich ich mein Haus. Und als dann der deutsche Tross Mir zerstampfte Hof und Heim, Sorgt'ich, dass im Kind nicht spross Der gesäte Rachekeim. Hör ich noch an Seine une Rhein Weiterhetzen gift'ge Schmäher, Reift's mir den Entschluss, zu sein Stets ein echter Europäer. | Europe, ma patrie Lorsque toute l'Allemagne se dressait En colère contre la paix française J'étais à l'unisson mais je n'ai jamais Pour cela fuit l'esprit français. Et j'en fus récompensé La roue du temps tourna Et avec une gentille femme Je construisis en France ma maison. Et lorsque le flot de l'armée allemande Déruisit ma demeure Je fis en sorte que le germe de l'esprit De vengeance ne se développa point. Lorsque j'entends encore sur les bords De la Seine et du Rhin Des individus souffler la discorde La décision mûrit en moi d'être Toujours un vrai Européen. |
|